Chapitre 1 — L'Europe face aux révolutions (1789-1848)
I. L'ordre de Vienne : restaurer et contenir (1814-1815)
Définition Le congrès de Vienne (septembre 1814 - juin 1815) réunit les vainqueurs de Napoléon pour redessiner la carte du continent. Son acte final, signé le 9 juin 1815, repose sur trois principes : la légitimité (rendre les trônes aux dynasties renversées par la Révolution et l'Empire), l'équilibre entre les cinq grandes puissances (Royaume-Uni, Russie, Autriche, Prusse, France), et les compensations territoriales accordées aux vainqueurs.
Estampe des journées de février 1848 à Paris : le printemps des peuples.Dembour et Gangel, graveur — CC0 — via Wikimedia CommonsLe congrès de Vienne (1814-1815) : les monarchies redessinent l'Europe.Jean-Baptiste Isabey — Public domain — via Wikimedia Commons
La France revient à ses frontières de 1790 et retrouve les Bourbons. Autour d'elle, les diplomates élèvent des « États-tampons » : le royaume uni des Pays-Bas au nord, le royaume de Piémont-Sardaigne agrandi de Gênes au sud-est. La Prusse reçoit la Rhénanie, l'Autriche s'installe en Lombardie-Vénétie, la Russie obtient un royaume de Pologne dont le tsar est roi. Les trente-neuf États allemands sont regroupés dans une Confédération germanique lâche, présidée par l'Autriche.
PortraitKlemens von Metternich (1773-1859), ministre des Affaires étrangères de l'Autriche à partir de 1809 puis chancelier de 1821 à 1848, est l'architecte de cet ordre. Hostile au principe des nationalités, qui menacerait de faire éclater l'empire multinational des Habsbourg, il organise une diplomatie de congrès (Aix-la-Chapelle 1818, Troppau 1820, Laibach 1821, Vérone 1822) autorisant les grandes puissances à intervenir militairement contre toute révolution. Chassé par l'insurrection viennoise du 13 mars 1848, il s'enfuit à Londres : la chute de l'homme et celle du système sont simultanées.
Deux traités complètent l'édifice. La Sainte-Alliance du 26 septembre 1815 unit les souverains de Russie, d'Autriche et de Prusse au nom d'une solidarité chrétienne entre monarques ; la Quadruple-Alliance du 20 novembre 1815, qui y ajoute le Royaume-Uni, prévoit une concertation régulière pour maintenir les traités. Dans les faits, cette « Europe des rois » intervient contre les révolutions : l'Autriche écrase celle de Naples en 1821, la France envoie une armée rétablir le roi d'Espagne en 1823.
L'Europe de 1815 : des États-tampons encerclent la France, tandis que l'Italie et l'Allemagne demeurent des « expressions géographiques » divisées en de nombreux États.
« Les Français sont égaux devant la loi, quels que soient d'ailleurs leurs titres et rangs. Ils contribuent indistinctement, dans la proportion de leur fortune, aux charges de l'État. »— Charte constitutionnelle du 4 juin 1814, articles 1 et 2
Remarque La Restauration n'est pas un retour pur et simple à 1789. Louis XVIII « octroie » une Charte qui conserve l'égalité devant la loi, la liberté des cultes, le Code civil et la vente des biens nationaux. Mais elle instaure un régime censitaire très étroit : il faut payer 300 francs d'impôt direct pour voter, 1 000 francs pour être élu, soit environ 90 000 électeurs sur près de 30 millions d'habitants.
II. Libéralisme et nationalisme contre l'ordre de Vienne (1820-1840)
Définition Le libéralisme politique réclame une constitution écrite, la séparation des pouvoirs, les libertés individuelles (presse, réunion, culte) et le contrôle du gouvernement par une assemblée élue. Le nationalisme, ou « principe des nationalités », affirme que tout peuple partageant une langue, une histoire et une culture a le droit de former un État indépendant. Les deux mouvements se combinent souvent : ils s'attaquent aux mêmes empires.
Les sociétés secrètes, les journaux et les universités diffusent ces idées. Les carbonari italiens, les étudiants allemands des Burschenschaften, les officiers libéraux espagnols et les conspirateurs français animent une vague de soulèvements en 1820-1821, tous écrasés. La première réussite est grecque : l'insurrection commence en 1821, la flotte turco-égyptienne est détruite à Navarin le 20 octobre 1827 par les escadres britannique, française et russe, et l'indépendance de la Grèce est reconnue par le protocole de Londres du 3 février 1830.
Exemple En France, Charles X signe le 25 juillet 1830 les ordonnances de Saint-Cloud : suspension de la liberté de la presse, dissolution de la Chambre à peine élue, réduction du corps électoral. Les imprimeurs, les journalistes puis les ouvriers parisiens dressent des barricades : ce sont les Trois Glorieuses des 27, 28 et 29 juillet 1830. Charles X abdique et part en exil. Mais la révolution est confisquée : les députés libéraux appellent au trône le duc d'Orléans, proclamé roi des Français le 9 août 1830. La monarchie n'est pas abolie, elle change de branche et de fondement.
PortraitLouis-Philippe Ier (1773-1850), roi des Français de 1830 à 1848, incarne la « monarchie de Juillet ». Fils du duc d'Orléans, il a combattu à Valmy en 1792 avant d'émigrer. Devenu roi, il adopte le drapeau tricolore et jure fidélité à une Charte révisée : le cens est abaissé à 200 francs, ce qui porte le corps électoral d'environ 90 000 à près de 170 000 électeurs, puis à moins de 250 000 en 1846 — soit à peine 1 Français sur 140. Son refus obstiné de toute réforme électorale provoquera sa chute.
La révolution française de 1830 fait tache d'huile. Les Belges se soulèvent en août 1830 contre le roi des Pays-Bas et proclament leur indépendance le 4 octobre ; les grandes puissances la reconnaissent dès janvier 1831 et garantissent la neutralité du nouvel État. En revanche, l'insurrection polonaise de novembre 1830 est écrasée par l'armée russe en septembre 1831, et les Polonais prennent le chemin de l'exil. L'ordre de Vienne plie donc sans rompre.
III. 1848, le « printemps des peuples » et son échec
En février 1848, l'interdiction d'un banquet réformiste met le feu aux poudres à Paris : la République est proclamée le 24 février. En quelques semaines, la vague gagne le continent. Vienne se soulève le 13 mars et Metternich s'enfuit ; Berlin dresse des barricades le 18 mars ; Milan chasse la garnison autrichienne lors des « Cinq Journées » du 18 au 22 mars ; un parlement panallemand se réunit à Francfort le 18 mai pour doter l'Allemagne d'une constitution unique.
Attention Le printemps des peuples est un échec politique presque général. Les révolutionnaires sont divisés entre libéraux modérés et démocrates sociaux, et les nationalismes s'opposent entre eux (Allemands contre Tchèques, Hongrois contre Croates et Roumains). Dès 1849, les armées reprennent le dessus : l'Autriche réoccupe l'Italie du Nord, le roi de Prusse refuse le 3 avril 1849 la couronne impériale que lui offre Francfort, et la Hongrie de Kossuth capitule en août 1849 devant les troupes autrichiennes secourues par la Russie. Seules subsistent l'abolition du servage en Autriche et, en France, le suffrage universel masculin.
Méthode : traiter une question problématisée (épreuve du bac)
Analyse les mots de la consigne et les bornes chronologiques : « 1789-1848 » impose de commencer avant Vienne et de finir au printemps des peuples.
Formule une problématique sous forme de tension : pourquoi l'ordre voulu par les monarques en 1815 est-il constamment contesté, et pourquoi résiste-t-il jusqu'en 1848 ?
Construis deux ou trois parties équilibrées, chacune appuyée sur au moins deux exemples précis et datés (Grèce 1821-1830, Belgique 1830, Francfort 1848).
Conclus en répondant explicitement à la problématique, puis ouvre sur la suite : les idées de 1848 triompheront par les armes des États, non par les barricades.
Dates clés 9 juin 1815 acte final du congrès de Vienne ; 26 septembre 1815 Sainte-Alliance ; 1820-1821 révolutions d'Espagne, de Naples et du Piémont ; 1821-1830 guerre d'indépendance grecque ; 20 octobre 1827 bataille de Navarin ; 27-29 juillet 1830 Trois Glorieuses à Paris ; 9 août 1830 Louis-Philippe roi des Français ; 4 octobre 1830 indépendance belge ; novembre 1830 - septembre 1831 insurrection polonaise ; février-mars 1848 printemps des peuples ; 13 mars 1848 chute de Metternich ; 1849 reprise en main par les monarchies.
Vague révolutionnaire
Principaux foyers
Résultat
1820-1821
Espagne, Naples, Piémont
Échec : interventions de la Sainte-Alliance
1821-1830
Grèce
Succès : indépendance reconnue en 1830
1830-1831
France, Belgique, Pologne, Italie
Succès en France et en Belgique, échec en Pologne et en Italie
1848-1849
France, Autriche, Prusse, Italie, Hongrie
Échec quasi général, mais fin du servage en Autriche
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Chapitre 2 — La Révolution française et l'Empire : une nouvelle conception de la nation
Chapitre 3 — La France dans l'Europe des nationalités (1848-1871)
Chapitre 4 — L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales
Chapitre 5 — La Troisième République avant 1914 : un régime politique consolidé
Chapitre 6 — La France, un empire colonial et une société à la Belle Époque
Chapitre 7 — La Première Guerre mondiale : l'expérience combattante dans une guerre totale
Chapitre 8 — Sortir de la guerre : les fragilités de la paix (1918-1923)